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Chapitre 15 – Main du dieu
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Chapitre 15 – Main du dieu

La raison du désordre en bas du donjon de Rintam l’ambitieux était que des orques le trahissaient, en essayant d’ouvrir la porte du bâtiment aux envahisseurs ogres. Le chaman Gras avait corrompu des orques, et s’arrangea pour que ses agents infiltrent le donjon de l’ambitieux.

Gras recourait souvent au complot et à la trahison pour gagner, sa nature en faisait un manipulateur retors. Le chaman n’agissait cependant pas comme un mystificateur par plaisir. Il choisissait la sournoiserie car c’était une option qui permettait de sauver de nombreuses vies. Il comprenait que la guerre se gagnait bien plus facilement si l’on dupait l’adversaire. L’honneur n’avait pas sa place dans la guerre intelligente. Ce n’était qu’un concept qui augmentait le nombre de victimes d’après Gras.

La manière de voir la guerre du chaman attirait sur lui la réprobation et l’hostilité de nombreux ogres influents. Mais comme Gras était très généreux en matière de partage du butin, qu’il comptait un grand nombre de victoires, que beaucoup de ses soldats arrivaient à survivre à une longue carrière de guerrier sans subir de dommages irréversibles, le chaman n’avait pas de peine à recruter un nombre conséquent de subordonnés. En fait il disposait de la troupe de mercenaires ogres la plus réputée du monde de Gerboisia. Il faisait partie des cinq chefs mercenaires les plus réputés du monde, sa renommée s’avérait internationale.

Le décurion Caius essaya de contenir les orques révoltés du donjon, mais il n’arriva à rien de concluant. Des orques proposèrent à Caius de se joindre à leur rébellion. Mais le décurion refusa, il appréciait son maître Rintam. Il savait que l’ambitieux était une personne ignoble, mais le décurion pensait que son maître avait le mérite d’être franc. De plus Caius apprenait beaucoup grâce à l’ambitieux, à cause de la possibilité de pouvoir apprendre gratuitement des sorts. D’après le décurion la plupart des magiciens ou sorciers faisaient payer en argent ou en service le droit de profiter de leur bibliothèque. Mais sa loyauté ne suffit pas à le protéger d’une attaque.

Désormais Rintam ne pouvait compter que sur Gron pour contenir le soulèvement des orques, suite au fait que Caius finit assommé. L’ambitieux voyait avec horreur les orques essayer de soulever la barre de fer servant à protéger des assauts les portes principales du donjon, et ouvrir les différents verrous. Cet accès se caractérisait par deux portes imposantes de cinq mètres de haut faites dans un bois massif, et enchanté pour leur donner la résistance de l’acier.

Rintam : Arrêtez si vous restez à mon service, je vous donnerais, aïe une pièce de bronze supplémentaire par mois.

Orque : Le chef ogre Gras paie ses soldats avec des pièces d’argent voire d’or. On ne veut pas mourir pour un salaire misérable !

Rintam : Je vous accorde un jour de repos supplémentaire par an.

Orque : Avec Gras nous aurons droit à un jour de repos par semaine, et non un jour de congé tous les deux mois.

Rintam : Vous êtes durs en affaire très bien, lors du prochain pillage votre part passera à un dixième du butin.

Orque : Gras ne garde pour lui qu’un cinquième de ce que ses subordonnés volent. Et lui au moins il arrive à remporter la victoire, quand il s’agit de vaincre des villageois.

Gron voyant le désarroi croissant de Rintam opta pour arriver à la rescousse. Même s’il doutait un peu de sa méthode.

Gron : Maître est-ce que le proverbe les bons contes font les bons amis est vrai ?

Rintam : Heu oui, les bons comptes font les bons amis est assez véridique.

Gron : Parfait je vais donc réciter le conte de la grenouille qui pète et du scorpion qui fait prout. C’est un tel chef d’œuvre que les orques redeviendront forcément loyaux.

Rintam (désemparé) : Non tu te trompes, les bons comptes font les bons amis, est un proverbe disant que respecter ses dettes financières évite de perdre des amis. Tu confonds les contes les histoires et les comptes en rapport avec l’argent, la monnaie, les radis.

Gron : Je n’ai pas tout compris, mais je vais faire un compromis. Je vais raconter l’histoire de la grenouille qui pète tout en m’insérant des radis dans le nez, cela vous va ? Il y a justement de beaux en cuisine.

Rintam : Rah je craque !

Gron : Vous êtes allergiques aux radis, maître ?

Rintam après avoir baffé Gron pour l’empêcher de poursuivre son plan délirant, eut soudain une illumination.

Rintam : A vous entendre Gras est le patron idéal, mais il a un défaut de taille, car il oblige ses subalternes à prendre un bain tous les ans.

Certains orques se demandaient si Rintam ne demandait pas un mensonge. La révulsion de ces êtres pour l’abomination appelée bain était pourtant légendaire. Alors les orques observèrent l’ambitieux et le fait que ce dernier les regarde bien dans les yeux et ne tremble pas, était convainquant. Mais il y avait toujours des doutes, cependant un orque qui fit un effort de mémoire se rappela que Gras était surnommé le propre. Donc les accusations de Rintam causèrent progressivement un changement d’allégeance sur les guerriers désireux de lui nuire il y avait peu de temps.

Orques : A mort Gras, vive Rintam, nous vous défendrons jusqu’à la mort !

Pour les orques l’hygiène était un grave tabou, la propreté sur son corps s’avérait un moyen de favoriser la possession démoniaque. C’était un concept particulier, mais certaines religions se caractérisaient par quantité d’aberrations notoires. Les orques pouvaient avec beaucoup de persuasion nettoyer leurs affaires, cependant ils rejetaient avec férocité le fait de se laver le corps.

Rintam et Gron remontèrent les escaliers en discutant. L’ambitieux parvint à étouffer la révolte grâce à l’amour de la crasse des orques, mais sa situation demeurait très préoccupante.

Gron : Je pense à une chose maître, avez-vous tiré tous les verrous des portes principales ?

Rintam : Zut je n’en suis pas sûr, vas vite t’en occuper. Et bien qu’attends-tu ?

Gron (hésitant) : Ben euh, la dernière fois que j’ai essayé de fermer les portes, vous m’avez fait fouetter, sous prétexte que j’empiétais sur une de vos prérogatives.

Rintam : Exceptionnellement je t’autorise à fermer les portes. Maintenant dépêches toi le temps presse.

Gron descendit les escaliers et ferma certains verrous. Puis il revint en n’étant pas très content. Il remarqua qu’un élément essentiel de la défense du donjon manquait, un piège surnaturel était absent. Il soupçonna un moment les orques anciennement révoltés d’être responsables du démantèlement du traquenard magique. Mais il balaya cette idée, les orques du donjon n’étaient pas des spécialistes de la magie. De toute façon ils n’avaient pas le savoir-faire nécessaire pour enlever le piège sans le déclencher.

Alors un soupçon affreux traversa l’esprit du gobelin, seuls le décurion et Rintam, disposaient du talent nécessaire pour mettre hors service le traquenard. Or Rintam savait que le piège contribuait à leur sauver la mise lors des assauts contre le donjon. Il ne restait que le décurion sur la liste des suspects. Ce constat désola profondément Gron, admettre que Caius fomentait un complot contre son maître, navrait au plus haut point le gobelin.

Puis le bêta réalisa quelque chose, le décurion venait récemment de témoigner un superbe exemple de fidélité à l’ambitieux, en risquant sa vie face à des révoltés en surnombre, en s’exposant au mépris et à la haine pour défendre son maître. Par conséquent Caius devait être mis hors de cause à son tour. Gron réfléchit, et en conclut que le coupable de l’enlèvement du piège, devait être au final un orque.

Il se pouvait tout à fait qu’un de ces êtres ait joué les imbéciles, alors qu’il possédait des compétences particulières en magie et en traquenard. Une autre hypothèse finit par émerger dans l’esprit du bêta, mais le gobelin la jugeait totalement absurde. Quoique si les rumeurs ne disent qu’un dixième de la vérité sur Gras, le chaman ogre, celui-ci devait avoir la capacité de contrôler les esprits.

Gras prenait souvent des libertés avec le code de l’honneur guerrier ogre. Toutefois l’idée qu’il recoure à des sorts de possession pour contrôler Rintam et le décurion ne semblait pas logique. Surtout que si le chaman s’avérait capable de dominer les esprits, il avait fait le travail à moitié. Il ordonnait de neutraliser un piège crucial, mais il laissait l’entrée fermée.

Gron : J’ai remarqué que le piège magique des portes principales n’était plus là.

Rintam : Oui ce piège coûtait affreusement cher, alors je m’en suis débarrassé.

Gron : Le nain qui nous avait installé la rune lanceuse de feu de la porte, s’était arrangé pour nous faire un prix d’ami, et la potion de rechargement des pouvoirs de la rune, coûtait moins cher qu’un verre de bière.

Rintam : Pour que la rune fonctionne un an, cela me coûtait l’équivalent d’une pièce d’argent.

Gron (un peu en colère) : Vous avez plus d’un million de pièces d’or, une pièce d’argent ne représente rien du tout pour vous.

Rintam : Si je suis riche c’est parce que je fais attention à mes dépenses, si je n’étais pas économe cela donnerait, argh ! Cela déclencherait ma ruine.

Gron : Est-ce que la rumeur selon laquelle, le fait de dire le mot donner, vous est insupportable, serait fondée ?

Rintam : Je sais que quelques-uns me voient comme un avare, mais je suis juste quelqu’un d’attentif à ses dépenses.

Gron : Essayez de dire le mot donner s’il vous plaît.

Rintam (embarassé) : On n’a pas de temps à consacrer à des enfantillages, il faut mettre en place un plan de fuite.

Gron : Je dirais plutôt un plan de bataille, nous sommes de taille face à Gras. Avec une bonne stratégie nous pouvons l’emporter.

Rintam : Les orques sont bêtes et indisciplinés, tandis que les soldats de Gras sont intelligents et réfléchis. De plus un ogre peut avoir une force physique supérieure à celle de cinq orques.

Gron : Nous avons la supériorité de l’armement, les orques peuvent arroser de flèches les subalternes de Gras.

Rintam : Premièrement les orques ne savent pas se servir d’un arc, deuxièmement si on leur suggère d’utiliser une arme qu’ils considèrent comme déshonorante, ils vont se rebeller. Troisièmement même si nous avons l’avantage de la hauteur, cela ne suffira pas. Gras possède une baliste, il peut dégommer des archers facilement, sans craindre de riposte. Surtout que son arme de jet envoie des traits enchantés, qui peuvent tuer d’un coup plus de dix personnes. Tu m’étonnes Gron toi un froussard, tu suggères de se coltiner un adversaire puissant, cela cache quelque chose. J’ai compris si les orques se battent, cela fera une diversion qui t’aidera à fuir.

Gron : Comment avez-vous deviné mes intentions ? J’ai usé pourtant des tas de chandelles le soir pour mettre au point un plan génial en cas de siège du donjon.

Rintam : A propos de chandelle, j’aimerais que tu utilises une seule chandelle au lieu de deux la nuit.

Gron vu le contexte pensa sérieusement à se suicider. L’heure était grave, mais son maître pinaillait pour des détails insignifiants. Ce stress fut l’élément de trop. Vu le contexte mortel qui planait sur le bêta, ce dernier était très près de concrétiser des pensées mortifères.

Gron : Je suis fatigué, fatigué, j’ai une furieuse envie de sauter dans le vide.

Rintam : Je t’interdis de te suicider, embaucher un nouvel assistant cela pourra m’obliger à dépenser un peu plus. Regarde le ciel a une drôle de couleur au-dessus du donjon.

Gron (terrorisé) : Oh non je perçois que Gras est en train d’invoquer de puissantes forces, il recourt à un sortilège de magie divine ! Il faut fuir rapidement sinon nous serons détruits !

Rintam : Ne panique pas je vais contrer le chef ogre, anti-sort.

Rintam se concentra de toutes ses forces, il essaya d’annuler les attaques de Gras en puisant à fond dans sa volonté. Mais l’ambitieux n’était pas dans un état optimal. D’ailleurs même dans une forme olympique résister face au déferlement de puissance de Gras, qui invoqua une main géante verte faite d’énergie, s’annonçait un sacré exploit. De plus tout ce que parvint à concrétiser Rintam se limita à allumer une bougie.

Il y avait un élément de consolation, le seul raté notable de la résistance de l’ambitieux, venait de l’allumage d’une chandelle. C’était beaucoup moins spectaculaire que de fusionner avec un mur en lui fonçant dessus, ou de manquer plein de fois sa cible. Par contre le destin de Rintam et celui du donjon semblaient scellés. Mais l’ambitieux choisit d’adopter un plan de secours aux allures siphonnées.

Rintam : Gron tu vas jongler avec des rouleaux de papier toilette devant Gras.

Gron (désespéré) : J’ai peur que même le pouvoir de la triple épaisseur ne suffise pas à l’emporter.

Rintam (rassurant) : Ne t’inquiètes pas, tu manieras du papier à quadruple épaisseur.

Gron : Dans ce cas, la victoire est certaine !



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